universitePavillon de la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design de l’Université Laval à Percé.

 

P

asser ses vacances à l’École internationale d’été de Percé… y’a pire. Croyez-moi! J’ai eu la chance d’y suivre une formation en storytelling avec Claude Bordeleau (fondateur de Volta). Perchés à la Villa James, entre deux festins de homards, ont été abordés les défis que sont  la trame narrative, le synopsis, le scénarimage, les descriptions de personnages, le speed painting, la composition, la lisibilité, la fluidité du dessin, les ennemis que sont la peur et l’égo… la vie! Voici un travail réalisé pendant cette semaine de rêve. Il s’agît d’une BD portant sur le rapport à notre enfance. La boîte à jus, symbole enfantin, étant le point de départ. Je me suis aussi amusé à écrire un scénario de court-métrage d’animation sur le sujet. Je partage les 2.

 


 

 

LA BOÎTE À JUS

Écrit par Manuel Petersen

 

 

EXT. RUES DE LA HAUTE-VILLE DE QUÉBEC, MATIN
Un soleil paresseux grésille le château Frontenac. Des fonctionnaires zombifiés tracent dans la capitale. Le trafic stagnant enfume l’air. Un autobus file dans la voie réservée.

CUT TO:

INT. AUTOBUS, LE MOMENT QUI SUIT
OLIVIER assume sa hantise des bagnoles depuis maintenant 36 ans et prend l’autobus religieusement. Entre deux gribouillis, il observe la faune urbaine et rêvasse en buvant une boîte à jus. Plus précisément, il siphonne son breuvage comme un retardé.

 

À sa gauche, un immense DOUCHEBAG le dévisage. Un rictus imbécile sautille sur son visage. Olivier reste insouciant, complètement absorbé par son breuvage. Des tâches de rousseurs émergent lentement sur son visage, surgissent ensuite des culottes courtes et des bretelles qui lui claquent le torse.

MATCH CUT TO:

EXT, PARC D’ENFANT, JOUR
Le siège d’autobus se transforme en banc de parc. Le douchebag se métamorphose en grand chien poilu et docile. Une végétation luxuriante envahit l’espace et la boîte à jus semble inépuisable. Les oiseaux font cui-cui. Puis un gazouillis plus strident se confond aux freins de l’autobus.

MATCH CUT TO:

INT. AUTOBUS, MATIN
Olivier est tiré de ses rêveries par un arrêt de l’autobus. À son réveil il flatte le visage bouillant du douchebag. Une superbe femme entre alors en se déhanchant. Ses cheveux virevoltent au ralenti. Olivier retourne la tête du Cro-Magnon qui reluque maintenant la femme. Il est sain et sauf, pour l’instant. La femme s’assoit devant Olivier. Il a soudainement honte; ce n’est pas très mâle une boîte à jus! Il feint lamentablement un lacet défait et jette la boîte sous le banc. L’impact contre le métal est tout sauf subtil. Stoïque, la femme remarque la mascarade en regardant l’homme par-dessous.

 

CUT TO:

EXT, RUE DE LA BASSE-VILLE DE QUÉBEC
L’autobus entame un virage. Le CONDUCTEUR tournent son volant comme un dément.

 

CUT TO:

INT. AUTOBUS
Au niveau du sol, on aperçoit la boîte à jus qui glisse bruyamment jusqu’aux pieds de la femme. Le douchebag rigole. Elle ramasse le contenant, en extrait la paille, souffle dans le trou de la boîte, plie la paille et l’insère dedans. Elle dépose la pièce gonflée au pied de Olivier, l’air défiant.

 

Mystifié, Olivier observe la boîte à ses pieds. On entend le douchebag pleurer de rire. Olivier se lève d’un air solennel, élève le pied à un demi-mètre au-dessus du sol et PAOUF… éclate le contenant. Le regard de la femme s’attendrit. Un feu d’artifice de complicité explose entre Olivier et la femme.

 

Interrompu dans ce moment exquis par une tâche rougeâtre dans son angle mort, Olivier esquisse un regard à sa gauche. Le douchebag est couvert de jus de raisin. Des éclaboussures esquissent sa silhouette sur le mur. L’homme renfrogne un sourire en regardant la femme et se retourne à nouveau vers le douchebag. Lamentable, le douche bag pleure maintenant au conducteur en pointant Olivier. Le conducteur se retourne en sa direction l’air menaçant.

 

BLACK TO :

On entend l’autobus freiner et ouvrir ses portes.

 

FADE TO:

EXT, RUE DE LA BASSE-VILLE DE QUÉBEC
On aperçoit Olivier sur le trottoir, triomphant. La femme le regarde par la fenêtre éclaboussée, au-dessus de l’épaule du douchebag reniflant. Elle s’approche de la fenêtre d’un air langoureux. Au ralenti, elle enlève son dentier et s’en sert pour écrire son numéro dans la vitre juteuse. Horrifié, la mâchoire de Olivier se décroche alors qu’il regarde le douchebag se fendre à nouveau de rire.

 

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